|
C’est ici que la présidente du Conseil a commencé sa carrière politique après une jeunesse militante dans des groupuscules héritiers du Parti fasciste italien, en gagnant à un peu plus de vingt ans les primaires pour devenir conseillère de la province de Rome.
Des marges de cette urbs étendue, Meloni commence alors un cursus honorum qui paraît presque parfait. Elle sera la plus jeune vice-présidente de la Chambre des députés, la plus jeune ministre sans portefeuille du quatrième gouvernement Berlusconi. Aujourd’hui, elle est la plus jeune—et la première—présidente du Conseil des ministres.
Mais les pièces de la vie politique italienne ne se déplacent pas sur un échiquier plat et stable, elles sont portées et parfois englouties par un espace strié. Ennio Flaiano, le plus grand moraliste italien du XXe siècle, notait qu’ici: «la ligne la plus courte entre deux points est l'arabesque.»
Depuis la crise économique qui a contribué à mettre fin au dernier gouvernement Berlusconi, l’Italie a connu une décennie d’intensité politique maximale. Des figures politiques aussi différentes que Matteo Salvini ou Mario Monti, Matteo Renzi ou encore Mario Draghi et Beppe Grillo se sont succédé d’une manière vertigineuse, dans leur extrême diversité, en représentant des forces sociales, des positionnements géopolitiques et des styles politiques radicalement différents.
Ils arrivaient à Rome de l’extérieur, avec un mandat populaire fort et une promesse radicale: tout changer.
Tous ont été affaiblis, très vite, par un exercice relativement court du pouvoir. En perdant la confiance du Parlement en moins de deux ans, pour la plupart en moins d’un an, ils ont dilapidé un soutien populaire parfois extrêmement important.
Ils arrivaient à Rome pour changer l’Italie. Rome les a engloutis.
Giorgia Meloni, la Romaine qui promet de ne rien changer, de ne pas toucher à l’euro, ni à l’alliance atlantique—est en train de réussir le pari inverse.
En réfléchissant sur ce processus énigmatique, l’un des plus subtils connaisseurs de l’histoire politique romaine, Giovanni Orsina, a écrit dans l’avant-dernier volume Gallimard du Grand Continent ces lignes qu’il faut méditer aujourd’hui:
|