Les minorités russes en Estonie : unité et diversification (V. Dautancourt)

Lors de la Grande guerre du Nord, Narva fut le théâtre d’une victoire de Charles XII sur Pierre le Grand, puis d’une victoire de Pierre le Grand sur Charles XII en 1704. « L’Estonie » passa ainsi de la couronne suédoise à la domination des Tsars, pour ne conquérir son indépendance qu’en 1918-1920, à l’issue d’une guerre victorieuse contre la jeune Union soviétique. En 1939, la première République d’Estonie fut, comme la Lettonie et la Lituanie, capturée par l’URSS dans le cadre du pacte germano-soviétique, soviétisée en 1940 dans une violence extrême (liquidation de la quasi-totalité des élites politiques républicaines, déportations de masse), avant d’être « libérée » par les forces allemandes de Barbarossa en 1941. En 1944, Narva fut le théâtre d’une bataille acharnée de plusieurs mois (opposant notamment des unités estoniennes sous uniforme allemand et le corps des fusiliers estoniens de l’Armée rouge), et rasée en quasi-totalité lors d’un bombardement (soviétique) massif le 6 mars 1944. Après guerre, Narva et sa région minière et industrielle firent l’objet d’une politique de repeuplement russe. La ville reste aujourd’hui russophone à 90 %, dont 34 % avec un passeport russe et 13 % de « non citoyens ».

V. Dautancourt, « Les minorités russes en Estonie : unité et diversification », Hérodote, n° 128, 2008.