´Élections présidentielles en Bulgarie: les électeurs ne sont plus à vendre´, Desislava Kyurkchieva

Le Courrier de la Bulgarie/courrierdesbalkans

Élections présidentielles en Bulgarie: les électeurs ne sont plus à vendre

De notre correspondante à Sofia
Mise en ligne : dimanche 23 octobre 2011
 
Ce dimanche, les Bulgares choisissent leur nouveau président, mais 12% au moins des électeurs reconnaissent ouvertement qu’ils ont vendu leur voix au candidat le plus offrant. Ce phénomène touche notamment les communautés rroms, affectées par un chômage de masse. À Kjustendil, dans l’ouest du pays, des mesures radicales ont été mises en place pour essayer de limiter le phénomène.

Par Desislava Kyurkchieva

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Petar Paunov, le maire de Kjustendil

Selon Transparency International, le pourcentage d’électeurs prêts à vendre leur voix pourrait être encore plus élevé, car beaucoup de Bulgares avouent qu’ils n’entende pas le faire pour la seule et bonne raison que « les prix sont trop bas ». En réalité, les prix se négocient, et dépendent de la région : ils iraient, cette année, d’une vingtaine de levas (environ 10 euros) dans les communautés rroms à 200, voire 300 levas (150 à 200 euros) dans les grandes villes et les régions maritimes.

L’État n’a guère les moyens de combattre ce marché de l’ombre. Il se contente d’exiger, depuis 2009, que toutes les affiches de publicité électorale porte la mention « l’achat et la vente de voix sont des crimes ».

Sommes-nous donc condamnés à l’impuissance ? Certainement pas, estime Petar Paunov, le maire de Kjustendil. « Il est primordial d`assurer les conditions dans lesquelles toute personne peut exercer son droit au vote sans pression et sans peur », souligne-t-il.

Selon les statistiques, près de 98% des Rroms vendraient leurs votes, ce qui n’a rien d’étonnant, si l’on considère le taux de chômage frappant cette communauté. Petar Paunov connaît bien le modus opérandi et les nouvelles tendances à la matière. « Le schéma est le suivant : à l’approche des élections, les dirigeants des communautés rroms négocient les prix avec les différents partis. Ceux-ci n’achètent même plus les votes des gens eux-mêmes - la nouvelle pratique consiste à ramasser les cartes d’identité et à remplir les listes avec les données personnelles des gens sous leur pouvoir ». Ce phénomène est surtout généralisé dans les petits bureaux de vote, mal contrôlés par la police. Les électeurs, soumis à leurs dirigeants communautaires, ont peur de ne pas se présenter aux urnes, même si beaucoup ignorent quel parti ou quel candidat a acheté leur vote. On leur distribue de petites sommes, et le reste de l’argent va dans les poches des dirigeants ».

Petar Paunov a eu l’idée de déplacer les sept bureaux de vote du quartier rrom de Kjustendil-Iztok dans le centre-ville, où cinq bureaux de vote ont été fermés, de manière à créer douze nouveaux bureaux sociologiquement mixtes. But de l’opération ? Limiter l’accès des chefs communautaires rroms aux bureaux de vote, pour essayer d’assurer la pleine liberté de l’exercice du droit au vote. « Tout citoyen pourra signaler les cas de violence ou de pression sur les électeurs », poursuit le maire, qui explique qu’il sera interdit de confisquer les cartes d’identité. « Les électeurs rroms pourront toujours recevoir de l’argent en échange de leur voix, tout comme les bulgares, mais ils auront aussi la possibilité de voter en leur âme et conscience ». En effet, loin de discriminer les Rroms, ces mesures visent à leur assurer les mêmes conditions d’exercice de la citoyenneté qu’à tous les Bulgare, affirme le maire.

L’exemple de Kjustendil a suscité de débats mais il est bien accueilli par les maires d’autres villes, qui ont aussi une importante populations rrom, comme Plovdiv et Sliven, qui envisagent de reprendre la méthode expérimentée par Petar Paunov si elle se révèle efficace.