´Pologne: Les femmes iront-elles voter le 9 octobre?´, Amélie Bonnet

Pologne: Les femmes iront-elles voter le 9 octobre?

 

Par Amélie Bonnet (source: dziennik.pl, wyborcza.pl, wybory.onet.pl, wybory2011.pkw.gov.pl, kobietynawybory.pl, wysokieobcasy.pl, polskieradio.pl)
 
16-X-11, regard-est

D’après un sondage réalisé en septembre, 42% des femmes n’auraient pas l’intention d’aller voter aux élections législatives et sénatoriales du 9 octobre prochain. Le nombre de femmes votant serait de 10% inférieur à celui des hommes, alors que les femmes représentent 51,6% de la population polonaise. Le taux d’abstention est particulièrement important chez les jeunes femmes de moins de 30 ans ainsi que chez les plus âgées (60 ans et plus).

Le sondage a été mené à l’initiative de la coalition «Tu as une voix Tu as le choix» (Masz Głos Masz Wybór), composée de 17 ONG, qui depuis 2006 se mobilise pour inciter la population polonaise à aller voter, en particulier dans les petites communes. Pour les élections à venir, la coalition a lancé la campagne «Les femmes aux élections!» (Kobiety na wybory!), dans le but de «convaincre les femmes que leur participation à la vie publique est très importante».

Pourquoi les Polonaises s’abstiennent-elles? Plus souvent que les hommes, elles estiment qu’elles ne s’y connaissent pas assez en politique, d’après le sondage. Dominika Blachnicka-Ciacek, qui a mené en juillet une étude sur le sujet dans trois villes de taille différente, donne aussi l’explication suivante: «Avant tout parce que la politique est perçue comme un jeu d’hommes. Ici s’exprime le stéréotype selon lequel la femme répond du foyer, et l’homme du monde extérieur, de la sphère publique. Les femmes disent qu’elles s’occupent d’affaires concrètes, des enfants, de la maison, de leur emploi, […] qu’elles ont une multitude de choses à faire au quotidien et se concentrent dessus». En outre, les femmes ne voient souvent personne, parmi les candidats, à même de les représenter.
Dans les petites villes, les femmes souvent ne votent pas, ou votent «comme leur mari». L’action «Les femmes aux élections!» tente de leur montrer qu’elles ont des compétences, «car elles savent comment gérer le budget domestique, comment diriger une entreprise; donc pourquoi ne pourraient-elles pas décider du budget de l’Etat, des impôts?», considère D.Blachnicka-Ciacek.

Pour la première fois, lors de ces élections, s’applique la loi sur les quotas, votée en janvier 2011. Elle garantit aux femmes (et aux hommes) une présence d’au moins 35% sur les listes électorales. Selon la Commission électorale nationale, 3.065 femmes et 3.974 hommes se présentent à la Diète. Les femmes représentent 43% des inscrits, soit plus qu’aux dernières législatives, en 2007, où elles n’en représentaient que 23%. Il n’y a cependant que 70 candidates au Sénat pour 431 candidats (soit 14% de femmes), ce qui reste faible malgré une hausse par rapport à 2007 (11,95%). Actuellement, les femmes ne représentent que 20% des députés et à peine 8% des sénateurs.

Si beaucoup de femmes se réjouissent de cette loi, il semble qu’elle n’incite pas les citoyennes à voter davantage. Les candidates, sur les listes électorales, sont encore considérées par les électrices comme faisant de la figuration pour les partis.
Malgré la présence de quelques personnalités féminines, en effet, les candidates demeurent en second plan dans cette campagne électorale. Sur ses affiches, le parti Droit et Justice (PiS) a accordé une large place à de jeunes candidates, mais aucune d’elle ne se trouve en tête de liste. La Plateforme civique (PO) présente 42% de femmes sur ses listes, mais celles qui sont en tête se retrouvent généralement dans des circonscriptions où la PO, jusqu’à présent, a perdu face au PiS. Quant à l’ancien Premier ministre Leszek Miller, candidat de l’Alliance de la Gauche Démocratique SLD, il a déclaré récemment que si des femmes peu attrayantes gravitaient autour d’un parti, cela pouvait décourager les électeurs. Il s’est excusé une semaine plus tard.