´Bélarus: Révolution par les réseaux sociaux´, Anaïs Marin

Bélarus: Révolution par les réseaux sociaux

 

Par Anaïs Marin (Sources: euroradio.by, generation.by, by-politics.livejournal.com, za-avto.by, belarusdigest.com, allbel.info, NashaNiva’s vide [Youtube])
 
4-VII-11, regard-est

Le vent de liberté qui souffle sur les pays arabes a fini par gagner le Bélarus. D’abord qualifié de «silencieuse», cette révolution spontanée se fait chaque jour plus bruyante. Comme en Tunisie et en Égypte, c’est par les réseaux sociaux qu’elle se propage.

Tout a commencé le 7 juin, à l’initiative d’automobilistes mécontents. Pour protester contre la hausse de plus de 30% du prix moyen du carburant -la quatrième en six mois- des internautes ont appelé à une opération escargot («Stop-benzin») qui a paralysé le centre de Minsk plusieurs heures. Il suffisait de huit voitures pour bloquer l’avenue de l’Indépendance, l’artère principale de la capitale. Le soutien des piétons amusés et l’impuissance des policiers ont donné à l’opération des allures de fête populaire: répondant au concert de klaxons, les badauds s’arrêtèrent pour applaudir la scène, certains déchirant leurs billets de banque pour les jeter sur la chaussée en guise de confettis. Officiellement dévalué le 25 mai, le rouble bélarussien a perdu plus de 60% de sa valeur depuis le début de l’année.

La solidarité avec la «révolution automobile» a inspiré d’autres actions collectives d’un genre inédit. Le 8 juin, vers 19h, une dizaine de membres du groupe «Révolution par les réseaux sociaux» créé peu avant sur Vkontakte (l’équivalent russophone de Facebook) s’est réunie sur la place Lénine à Brest. Au moment de se disperser 30 minutes plus tard, le groupe formait une foule silencieuse de près de 100 personnes. La police locale n’a pas compris le sens de ce «flash-mob», mais les jours suivants le KGB se mit à traquer les «activistes des réseaux sociaux». Sergey Pavlyukovitch, étudiant en droit et administrateur de «Nous sommes pour un Grand Bélarus», une communauté de plus de 120.000 membres sur Vkontakte, a été exclu de l’université de Minsk, tandis que d’autres jeunes blogueurs voyaient leur compte bloqué et leurs groupes sociaux supprimés de la toile. Recréés ailleurs peu après, ils relayèrent le mot d’ordre: rendez-vous chaque mercredi à la même heure.

Le nombre des révolutionnaires silencieux a augmenté de manière géométrique: le 15 juin ils étaient un millier à Minsk, et le 22 une dizaine de milliers à travers tout le pays. Fait intéressant, même de petites villes sont touchées par ces «promenades populaires», pacifiques et bon enfant. Partout, les gens de tous âges applaudissent, se congratulent, se sourient et se prennent en photo. Sans slogans ni pancartes, ils se contentent d’être là, puis de mettre en ligne leurs vidéos.

Incontrôlable, le phénomène rend les autorités très nerveuses. Le 22, l’accès à la place d’Octobre à Minsk a été préventivement condamné par des barrières. Empêchés de rentrer chez eux après le travail, les passants vinrent gonfler la foule applaudissant massée sur les trottoirs alentours. Cette fois, les «Spetsnaz» intervinrent, épaulés par des brigades en civil, pour jeter de jeunes gens pris au hasard dans la foule dans des «avtozak» (paniers à salade).

En temps réel, Twitter et livejournal ont tenu le compte des arrestations: plus de 450 dans tout le pays, dont la moitié à Minsk. Parmi eux se trouvaient plusieurs journalistes, dont Aleh Grouzdilovitch, le correspondant de «Radio Svoboda» qui a témoigné au procès d’Andreï Sannikov, le candidat d’opposition condamné à 5 ans et demi de prison le mois dernier pour avoir «commandité» la manifestation post-électorale du 19 décembre.

Rien ne semble pouvoir arrêter cette révolution qui risque de pousser le régime à de nouvelles violences. A l’approche de la fête nationale du 3 juillet, les deux parties semblent se mobiliser.