"Roumanie: comment détruire une institution culturelle efficace?", Luiza Vasiliu

Dilema Veche/courrierdesbalkans
Traduit par Julia Beurq
Publié dans la presse : 14 juin 2012
Mise en ligne : samedi 23 juin 2012
Le gouvernement Ponta a modifié, par une ordonnance d’urgence, l’administration de l’Institut culturel roumain (ICR). Elle est d’ores et déjà décriée par nombre d’artistes et d’intellectuels qui dénoncent la destruction et la politisation d’une institution culturelle plutôt efficace.

Par Luiza Vasiliu

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Horia-Roman Patapievic, le président de l’Institut culturel roumain

Selon cette ordonnance d’urgence, les deux vice-présidents et un tiers du conseil de direction de l’Institut Culturel Roumain (ICR) seront nommés par le bureau permanent du Sénat. De plus, l’ICR sera retiré de sous l’autorité symbolique du Président. Tout cela « pour le bien de l’ICR », qui selon « Ponta et compagnie », est une institution politisée, qui manque de transparence, et qui dépense de manière irresponsable l’argent public. Mais ces accusations ont été démontées par son président, Horia-Roman Patapievici, lors d’une conférence de presse à laquelle étaient présents beaucoup d’artistes et d’intellectuels roumains.

Le président de l’ICR a tenu a précisé que « premièrement, il n’y a jamais eu d’ingérence de la part du Président quant aux activités de l’ICR. Nous avons toujours fonctionné en autonomie et vous ne trouverez aucune forme de politisation dans les festivals de film, les foires aux livres, les expositions et les concerts organisés par l’ICR dans le monde entier ». Il a rajouté que « les efforts réalisés par l’ICR ont été douloureux afin de faire revenir la Roumanie sur le marché international, après 50 ans d’absence ».

Concernant la dépense de l’argent public, il a précisé que « le budget pour l’année 2011 était de 10 millions d’euros, répartis parmi les 17 instituts. Il y a eu au total 2 250 000 personnes qui ont participé aux événements. 8 043 articles ont été publiés dans la presse étrangère, relatant les activités de l’ICR. Depuis six ans, 330 livres roumains ont été traduits dans le monde entier. Aucune institution roumaine n’est aussi performante que l’ICR et ces accusations sont une honte ».

Le président de l’ICR a précisé qu’au contraire, « cette ordonnance prévoit la politisation de cette institution car les dirigeants seront nommés selon un algorithme politique. Cette institution se trouve dans une situation de régression, dont le sort est plus que compromis ».

Selon beaucoup d’intellectuels présents à la conférence de presse, cette ordonnance annule tous les efforts réalisés par la Roumanie pour réapparaitre sur la carte culturelle du monde et ce serait retourner vers l’anonymat. Alors que la Roumanie est l’invité d’honneur au salon du livre de Paris, on ne veut pas imaginer à quoi ressemblera le stand. C’est une ordonnance d’urgence qui doit être retirée le plus rapidement possible, si le gouvernement Ponta veut laisser une impression, si petite soit-elle, de responsabilité dans sa prise de décisions.