(dossier) Pologne, que veux-tu?

Longtemps considérée comme le bon élève de la transition systémique en Europe, pouvant se prévaloir d’un parcours sans faute faisant d’elle un modèle de démocratie et de dynamisme économique, la Pologne a pourtant entamé en 2015 un virage radical. Ce choix laisse perplexes nombre d’observateurs et de partenaires d’hier, bien démunis pour répondre à cette évolution inattendue.


Si les ingrédients du revirement polonais sont scrutés et décrits dans le pays et à l’extérieur, en revanche l’analyse de ce phénomène s’avère complexe. La mise en question de l’État de droit, le raidissement nationaliste, la recherche de nouvelles alliances sur les scènes européenne et internationale, mais aussi l’instrumentalisation de l’Église catholique ou l’affirmation d’une vérité historique univoque –pour ne citer que ces exemples– s’accompagnent d’une générosité notable en termes de redistribution qui, certes, vise à s’attacher le soutien d’une partie de l’électorat mais aussi à mettre fin au déséquilibre qui a privé une frange importante de la population des gains économiques de la transition (les fameuses Pologne A et B). La catégorisation entre fin et moyens s’avère, dans ce cas, acrobatique.

Que veut cette Pologne qui ne cesse de nous interroger et de nous renvoyer, sans doute, à certaines de nos propres contradictions? La nouvelle voie polonaise heurte d’autant plus l’Europe dans son ensemble et l’Union européenne en particulier qu’elle ne leur semble pas justifiée. En outre, les buts poursuivis par les élites politiques polonaises demeurent parfois obscurs, rendant d’autant plus hasardeuses les hypothèses généralement avancées pour analyser les dérives populistes et eurosceptiques. Tout comme ne laisse pas d’étonner la relative atonie de Polonais qui, lorsqu’ils ne confirment pas leur soutien résolu au gouvernement, peinent à tout le moins à organiser une résistance et des contre-pouvoirs.

Vignette : Gdańsk (photo Céline Bayou).