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Express, balkans.courriers.info
Kosovo : premier recensement, nouvelle discorde
Traduit par Nerimane Kamberi
Publié dans la presse : 12 mars 2008
Mise en ligne : vendredi 18 avril 2008

Le prochain recensement de la population du Kosovo devrait se dérouler à partir du 1er novembre 2008. Le recensement était l’une des propositions du paquet d’Ahtisaari mais pour les Serbes du Kosovo cette entreprise est prématurée et selon Oliver Ivanović, leader de la Liste serbe pour le Kosovo et Metohija, pourrait servir à légaliser le nettoyage ethnique. Hormis le refus serbe, les autres communautés kosovares ont toutes accepté le prochain recensement, processus qui n’a pas eu lieu depuis 1981.

Par Leonard Kerquki

Le refus serbe

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Oliver Ivanović, leader de la liste serbe
pour le Kosovo et Metohija,
refuse le prochain recensement

Les Serbes du Kosovo s’obstinent à reporter à plus tard le recensement de la population, des habitations et des propriétés, avançant comme argument l’absence physique d’une partie considérable des membres de cette communauté, qui ont quitté le Kosovo lors de l’été 1999.
Le leader de la Liste serbe pour le Kosovo et Metohija, Oliver Ivanović, a déclaré que « le recensement de la population légaliserait le nettoyage ethnique qui a été perpétré contre les Serbes du Kosovo depuis la fin de la guerre ».

Malgré cela, les autorités de Pristina organisent les derniers préparatifs pour le lancement du processus de recensement.

Le ministre adjoint des services publics, Rifat Blaku, pense que selon toute vraisemblance, « le processus devrait débuter le 1er novembre et se terminer le 15 du même mois ». Rifat Blaku, considéré comme un des meilleurs démographes du Kosovo, souligne que le recensement de la population est urgent.
« Sans recensement de la population, le Kosovo ne peut pratiquement exercer aucune de ses prérogatives étatiques. Le recensement est le processus le plus important pour la structure organique du Kosovo », ajoute Blaku.

Le dernier recensement de la population kosovare a été organisé il y a 27 ans, en 1981. Un autre s’est tenu dix ans plus tard mais il a été contesté par la majorité albanaise car il s’était déroulé pendant les années d’occupation. Les Albanais n’avaient pas confiance en les démographes serbes qui avaient mené ce recensement en 1991. Tandis qu’aujourd’hui les Serbes n’ont pas confiance en les démographes albanais. « Nous n’avons pas confiance en les organisateurs de ce processus », a déclaré Ivanović. Il a ajouté qu’un recensement à l’heure actuelle était prématuré. Ivanović a pris l’exemple de la Bosnie-Herzégovine où le recensement n’a toujours pas eu lieu.

Un consensus des autres communautés

Au contraire de la minorité serbe, les membres des autres communautés minoritaires sont pour le recensement.
Mahir Yağcilar, ministre de l’Environnement et de l’Aménagement territorial, représentant de la communauté turque au Kosovo, pense que le recensement de la population est nécessaire.
« Nous participons aux commissions de recensement, et évidemment nous soutenons ce processus important », a déclaré Yagcilar pour l’Express. Yagcilar pense que si les Serbes ne répondent pas à ce processus, cela posera un réel problème.

Le géographe Asllan Pushka est du même avis. Il a travaillé pendant longtemps pour les organismes statistiques du pays et il déclare ainsi : « Si les Serbes refusent de participer, ceci pourrait engendrer un report du recensement. Et le recensement sans les Serbes pourrait créer des problèmes ».
Mais Pushka espère que d’ici àl’automne les tensions vont retomber et que les Serbes vont répondre au processus de recensement.

Le ministre adjoint des Services publics, Rifat Blaku, a ajouté que le processus de recensement de la population allait se développer en collaboration étroite avec les organismes internationaux qui s’occupent de statistiques. « Ce processus se fera en collaboration avec les organismes internationaux, parce que notre but est que le recensement soit internationalement reconnu et qu’il remplisse tous les critères et les standards internationaux. »

Un projet onéreux

Selon Blaku, ce processus est une grande entreprise, où seront engagés environ 8.000 recenseurs répartis dans 30 municipalités, avec l’aide de surveillants et de contrôleurs. Le budget pour la réalisation de ce processus est de 7 millions d’euros.
« Jusqu’à présent nous avons obtenu 2,7 millions d’euros du budget de la République et nous espérons assurer le reste par des donations. Nous préparons les documents pour la Conférence des donateurs, » a précisé Blaku.

8.000 recenseurs vont se disperser dans 1.448 localités et vont frapper à environ 460.000 portes.

Le processus de recensement est l’une des propositions du paquet d’Ahtisaari mais Ivanović a déclaré à ce propos que « le paquet d’Ahtisaari n’est ni la Bible, ni le Coran ».

Augmentation et vieillissement de la population

Selon des statistiques préliminaires faites par l’Office des statistiques du Kosovo, le Kosovo compterait actuellement 2,1 millions d’habitants et 500.000 Kosovars vivraient au-delà des frontières. Néanmoins, les démographes notent un « vieillissement léger » de la population. Actuellement, l’âge moyen au Kosovo est de 28 ans, alors qu’il était de 24 ans en 1990. Chaque année, la population du Kosovo augmente d’environ 34.000 habitants.

Les derniers recensements

Le dernier recensement de la population en 1981 indiquait que le Kosovo comptait 1,5 millions d’habitants. La répartition communautaire était de 82% d’Albanais et 18 % des autres communautés. Tandis qu’au recensement de 1991, auquel les experts albanais n’ont pas pris part, la population du Kosovo était de 1,9 million d’habitants. La structure de la population avait montré une hausse en faveur des Albanais qui représentaient alors 90% des Kosovars.