la presidčncia UE eslovena prepara la independčncia

Osservatorio sui Balcani, balkans.courriers.info
La diplomatie slovène s’active pour préparer l’indépendance du Kosovo
Traduit par Mandi Gueguen
Mise en ligne : jeudi 24 janvier 2008

Le Premier ministre slovène, Janez Janša, est catégorique : quelque soit le résultat des élections présidentielles en Serbie, l’indépendance du Kosovo sera vite reconnue par les Etats-Unis et la majorité des Etats européens. En contrepartie, la diplomatie slovène s’attache à faire céder les dernières barrières qui pourraient empécher Belgrade de signer un Accord de Stabilisation et d’Association (ASA) avec L’UE.

Par Franco Juri

Depuis janvier 2008, la Slovénie est pour une durée de six mois à la présidence de l’Union européenne. Aux lendemains du premier tour des élections présidentielles en Serbie, le Premier ministre slovène, Janez Janša affiche son calme. A son avis, les résultats électoraux serbes n’influenceront pas l’avenir du Kosovo. Les Etats-Unis et l’Union européenne ont de toutes façons déjà pris leur décision. « L’avenir du Kosovo ne sera pas affecté et ne dépendra pas de la victoire de Tomislav Nikolić ou de Boris Tadić en Serbie », a laissé entendre le Premier ministre slovène dans une longue interview « téléguidée », sur la Télévision d’Etat slovène.

Selon Janez Janša, les décisions importantes ont déjà été prises dans le cadre de l’UE en décembre. Il a ainsi répondu implicitement à la question d’un journaliste qui voulait savoir si l’Europe et la communauté internationale reconnaîtraient l’indépendance du Kosovo le 4 février, un jour après le second tour de la présidentielle en Serbie et si la décision avait été reconfirmée à la réunion à huis clos de l’UE le samedi 19 janvier, comme l’avait écrit La Republica.

Janez Janša affirme qu’il n’y a pas lieu d’attendre janvier ou février pour des décisions aussi importantes et que, de toute manière, l’UE possède déjà un plan d’action qui prévoit l’envoi d’une mission de 1.800 policiers et hommes de l’OTAN. Belgrade - en pratique - devra accepter la proclamation d’indépendance, garantie par les forces de l’OTAN et la mission civile européenne.

Après le premier tour des élections du dimanche 20 janvier 2008 en Serbie, c’est le radical Tomislav Nikolić qui précède de quatre points son rival Boris Tadić. Selon les observateurs, le résultat final de cette consultation nationale dépendra des consignes de vote données au second tour par le Premier ministre serbe, Vojislav Koštunica, plus proche de Boris Tadić. Janez Janša ne voit rien de préoccupant dans ces développements. Selon le Premier ministre slovène, ce qui compte c’est le fait que la campagne soit modérée.

Que l’un ou l’autre l’emporte, le sort du Kosovo ne changera guère, car c’est ainsi qu’en ont décidé les Etats Unis en premier lieu, et l’Union européenne ensuite. Le Kosovo est déjà de fait, une base militaire de l’OTAN. Janša ne prévoit aucune conséquence belliqueuse de cette indépendance, mais seulement quelques « turbulences » contrôlables et prévisible grâce à la présence internationale occidentale dans la province, peuplée majoritairement d’Albanais. La Slovénie et l’Union européenne continueront d’appâter la Serbie avec l’Accord d’Association et de Stabilisation (ASA) tout en poursuivant les pressions pour atténuer les conditions posées par le Tribunal de la Haye.

En effet, il y a quelques jours, le ministre des Affaires étrangères slovène, Dimitrij Rupel, a rencontré Serge Bramertz, le procureur général du Tribunal International de la Haye pour l’ex-Yougoslavie. Le successeur de la tenace Carla Del Ponte vient d’être fraîchement nommé et Dimitrij Rupel l’a rencontré en tant que président en exercice de l’Union européenne. Immédiatement après, il a aussi rencontré son homologue hollandais. Les Pays Bas font partie des pays européens les plus enclins à bloquer toutes négociations avec Belgrade tant que la collaboration avec le TPI ne sera pas meilleure.

On peut facilement deviner sur quoi le ministre slovène a pu faire pression. Sa mission est de convaincre le Tribunal de la Haye de céder sur les conditions posées à la Serbie pour que celle-ci puisse signer l’Accord d’Association et de Stabilisation avec l’UE. Les magistrats internationaux ont jusqu’ici imaintenu une position ferme - Carla Del Ponte en tête - pour obtenir l’arrêt et l’extradition de Ratko Mladić et Radovan Karadžić, accusés de crimes de guerre en Bosnie dans les années 1990, et de massacres dans les « zones sous la protection de l’ONU », à Srebrenica et Goražde. Mais cette exigence est devenue un obstacle à la stratégie qui prévoit la reconnaissance de Priština, d’un côté et l’ASA avec Belgrade, de l’autre.

Carla Del Ponte eut justement à son époque, maille à partir avec Dimitrij Rupel, qui déjà l’année dernière avait proposé que la Serbie soit dédouanée de ses obligations à l’égard de la Haye. Aujourd’hui, le temps est compté, même pour le second tour des élections présidentielles serbes. Toute l’agitation mise en branle par l’UE autour de la question du Kosovo a en vérité apporté de l’eau au moulin de Nikolić. Bruxelles pourrait décider de son propre chef de donner le feu vert à la signature de l’ASA avec la Serbie, en outrepassant les consignes de la Haye qui, jusqu’ici, campe sur ses positions. Mais dans ce cas, elle créerait un précédent déplorable et saperait l’autorité d’une Cour créée pour rendre justice aux victimes de crimes de guerre. Elle est un exemple pour le monde entier.

Pour éviter cela, l’UE (peut-être avec la bénédiction américaine) a envoyé Dimitrij Rupel pour convaincre le procureur général. Il est préférable que la cour décide de « lâcher l’affaire de sa propre volonté ». Le président slovène actuellement aux commandes de l’UE cherche à faire pression - par procuration - sur la cour. Afin de pouvoir reconnaître sans heurts le Kosovo dans deux semaines, il pourrait être légitime, pour Bruxelles, de fermer un œil sur les crimes impunis et sur les responsables de Srebrenica.

Mais ceci ne sera peut-être pas nécessaire. La victoire de Boris Tadić pourrait faire flancher Belgrade et renforcer la voie diplomatique européenne. Mais certains suspectent que les Etats Unis préféreraient peut-être voir Nikolić emporter ces élections : les choses seraient claires et sans ambiguïtés ; un excellent prétexte pour couper nettement, à l’américaine, et avec l’aide de l’OTAN, déjà présent au Kosovo, le lien désormais ténu qui rattache la province à une Serbie plus frustrée que jamais. La Russie, quant à elle, assistera-t-elle en spectateur à toute cette mascarade ?