conflicte a la regió armčnia de Geňrgia

Un prisonnier politique en Géorgie?
 
Par Sophie Tournon (sources: France-Arménie, communiqués de «Yerkir», Georgia Times, Armenia Today), regard-est

L´affaire Tchakhalian relève-t-elle du fait divers artificiellement gonflé ou du scandale politique étouffé?

L´arrestation, le 21 juillet 2008, de Vaagn Tchakhalian, leader du mouvement «Djavakhk Uni», qui prône une autonomie culturelle de la Djavakhétie, région largement délaissée où une minorité arménienne domine, s´inscrit dans la longue et houleuse histoire des relations arméno-géorgiennes.


A la suite d´une explosion inoffensive près du domicile d´un commissaire de la Djavakhétie, la police soupçonne, arrête et malmène des membres de l´organisation «Djavakhk Uni». Le 21 juillet 2008, en pleine nuit, la famille Tchakhalian est à son tour arrêtée et placée en prison préventive. L´accusation est grave: possession illégale d´armes. La mère du leader est libérée peu après, son frère mineur relâché 5 mois plus tard sous forte caution.

Vaagn Tchakhalian est rapidement jugé et condamné à 10 ans de prison. Lors de son procès express, il a lu une lettre destinée au président géorgien, l´enjoignant à cesser toute politique de discrimination de la minorité arménienne et à engager une reconnaissance de l´autonomie culturelle des Arméniens de Djavakhétie. En avril 2009, alors que des manifestations ont éclaté à Erevan et à Paris face aux ambassades géorgiennes, V.Tchakhalian aurait été copieusement bastonné par ses gardiens.

L´affaire s´arrêterait là si l´association arménienne «Yerkir» ne s´était aussitôt inquiétée des méthodes musclées des arrestations, de l´enquête bâclée et des accusations jugées infondées. «Yerkir» fait alors appel à un avocat français reconnu, Me Patrick Arapian, qui se rend sur place en novembre 2008. Me Arapian dénonce toute la procédure, de l´enquête «mascarade» jusqu´au procès inique. Selon lui, cette arrestation dépasse le simple fait judiciaire de Vaagn Tchakhalian, elle est un épisode de plus dans une série de pressions et de heurts entre, d´un côté, un pouvoir central intolérant et des autorités locales autoritaires et, de l´autre côté, une population arménienne marginalisée et, souvent, radicalisée.

Suivant la version des défenseurs de V.Tchakhalian, ce procès vise non seulement un leader arménien soupçonné d´activisme politique en faveur d´un sécessionnisme qui ne dirait pas son nom, mais il chercherait plus globalement à terroriser, voire à faire fuir la minorité arménienne de Géorgie. «Yerkir» se désole que la Géorgie ait refusé d´accréditer Me Arapian comme défenseur de V.Tchakhalian, au point de faire changer, le 30 juin dernier, le code juridique géorgien afin d´interdire toute accréditation ultérieure d´avocats étrangers. L´organisation arménienne compte porter ce cas devant la Cour européenne. Mais si les défenseurs et les partisans de V.Tchakhalian tentent de donner une aura internationale à son arrestation jugée politique, les autorités géorgiennes minimisent ce cas embarrassant.

Malgré tout, cette «affaire Tchakhalian» ne rencontre qu´indifférence en Géorgie. Il est vrai que le pays traverse une crise économique doublée d´un semblant de crise politique, le tout enchâssé dans un jeu diplomatique très tendu avec les régions séparatistes abkhazes et sud ossètes réfugiées dans le giron russe. Il ne manquait plus qu´un prisonnier politique arménien pour compléter ce triste tableau d´une Géorgie autoritaire et fragile à la fois.

Dépêche publiée le 13/07/2009